Réglementaire

    TURPE 7 et stockage batteries : analyse d'impact sur les revenus BESS en 2026

    19 avril 202612 min de lecturePar

    Le Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Électricité (TURPE) constitue l'une des composantes structurantes de l'économie du stockage par batteries en France. Avec l'entrée en vigueur du TURPE 7 le 1er août 2025 et l'introduction d'une composante injection-soutirage au 1er août 2026, la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) modifie en profondeur le cadre économique applicable aux systèmes BESS. Cet article analyse l'impact réglementaire et financier de ces évolutions sur les projets de stockage, leur bankabilité et les conséquences opérationnelles pour les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) qui accompagnent leurs clients dans ces investissements d'infrastructure énergétique.

    Cadre réglementaire : les délibérations CRE de référence

    Textes officiels du TURPE 7

    Le TURPE 7 repose sur deux délibérations de la CRE publiées le 13 mars 2025 : la délibération n°2025-77 pour le TURPE 7 HTB (Haute Tension B, réseau de transport RTE) et la délibération n°2025-78 pour le TURPE 7 HTA-BT (Haute Tension A et Basse Tension, réseau de distribution Enedis) . Ces tarifs sont entrés en vigueur le 1er août 2025 pour une durée d'environ 4 ans , soit jusqu'en 2028-2029. La CRE a ensuite publié la délibération n°2026-33 du 4 février 2026 portant modification des TURPE 7 HTA-BT et HTB , affinant certains paramètres techniques relatifs à la composante injection-soutirage.

    Les délibérations n°2025-77 et n°2025-78 ont introduit une composante annuelle d'injection-soutirage optionnelle pour les capacités de stockage raccordées aux niveaux de tension HTA, HTB 1 et HTB 2 . Cette innovation tarifaire constitue une rupture majeure : pour la première fois en France, le régulateur reconnaît explicitement la contribution des batteries à l'équilibre local du réseau par un signal-prix géolocalisé. La liste des zones éligibles à cette composante a été publiée par la CRE dans sa délibération n°2025-227 du 1er octobre 2025 , document technique disponible sur les sites de la CRE, RTE et Enedis.

    Chronologie d'entrée en vigueur

    La mise en œuvre du TURPE 7 s'est opérée en deux temps. La CRE a décidé d'augmenter le TURPE de 7,7 % au 1er février 2025, pour anticiper l'apurement du solde du compte de régularisation des charges et produits (CRCP) du TURPE 6 . Cette hausse exceptionnelle a été décidée pour éviter deux mouvements tarifaires opposés en quelques mois et maintenir la lisibilité pour les consommateurs. Le niveau moyen du TURPE est resté stable au 1er août 2025 lors du passage officiel au TURPE 7, les ajustements ayant été anticipés six mois plus tôt.

    La composante injection-soutirage, cœur de la réforme pour le secteur BESS, suit un calendrier différent. Ce nouveau mécanisme tarifaire entrera en vigueur le 1er août 2026 , soit un an après l'entrée en vigueur générale du TURPE 7. Les ELD (Entreprises Locales de Distribution) doivent mettre en œuvre les actions nécessaires à l'application du tarif injection-soutirage pour le 1er août 2026 . Cette date butoir laisse aux gestionnaires de réseau et aux développeurs BESS un délai d'intégration technique et contractuelle.

    La composante injection-soutirage : mécanisme et zones éligibles

    Principe de fonctionnement du tarif localisé

    L'objectif de cette composante est d'inciter les installations de stockage à adopter un comportement permettant de réduire les pointes locales de réseau, qu'il s'agisse de pointes locales d'injection ou de soutirage . Le mécanisme repose sur une différenciation géographique : cette composante tarifaire distingue deux types de poches de réseau en fonction de leur dimensionnement : des poches dimensionnées en soutirage (zones de soutirage) et des poches dimensionnées en injection (zones d'injection) . Chaque poste source HTB ou HTA est ainsi classé selon la contrainte locale dominante.

    Il s'agit d'un dispositif optionnel qui remplace le tarif standard par un tarif localisé sur des plages horaires définies . La batterie n'est donc pas contrainte d'adhérer à cette composante : l'exploitant peut maintenir le tarif classique s'il juge que les plages horaires contraintes ne correspondent pas à sa stratégie d'optimisation FCR ou aFRR. Les batteries raccordées au réseau de distribution reçoivent le signal le plus fort, avec des bonus pouvant atteindre 69 €/MWh pour la recharge en zones solaires et des pénalités jusqu'à 76 €/MWh pour la décharge. La réglementation précise que les batteries ne peuvent pas percevoir plus en bonus qu'elles ne paient en frais de réseau sur l'année (plafonnement du gain net à zéro, évitant toute rente tarifaire).

    Zones éligibles et répartition géographique

    Environ 13 % des zones du réseau sont contraintes en injection photovoltaïque , principalement localisées dans le sud et l'ouest de la France où la production solaire est concentrée. Dans ces zones, le tarif injection-soutirage va rémunérer le stockage pour soutirer pendant les heures de pic de production solaire , typiquement entre 12h et 16h en période estivale (125 jours consécutifs définis par la CRE). À l'inverse, environ 50 % des zones du réseau sont contraintes en soutirage , zones où la demande électrique dépasse structurellement la production locale. Ces zones se trouvent majoritairement dans les régions urbaines et industrielles du nord et de l'est.

    Pour une batterie de deux heures cyclant chaque jour pendant la période d'injection estivale, la survaleur s'élève à environ 8 000 à 12 000 € par MW et par an sur le réseau de distribution et 4 000 à 7 000 € par MW et par an sur le réseau de transport (source : Modo Energy, novembre 2025). Ces chiffres restent indicatifs et varient selon le profil d'exploitation effectif et les coefficients tarifaires applicables à chaque poste source. Les utilisateurs de réseau éligibles raccordés dans une zone incluse dans la liste au 1er août 2026 doivent pouvoir souscrire la composante injection-soutirage sur toute la période TURPE 7 , garantissant ainsi une visibilité tarifaire jusqu'en 2028-2029.

    Impact quantitatif sur les revenus des projets BESS

    Modélisation des revenus : scénario France Réseaux Invest

    Sur la base d'un projet BESS 1 MW / 2 MWh raccordé en HTA dans une zone d'injection photovoltaïque, les revenus annuels prévisionnels se décomposent comme suit (source : modélisation interne France Réseaux Invest, données Clean Horizon et Modo Energy 2026, à titre indicatif, non contractuel) : FCR (Frequency Containment Reserve) : 90 000 à 105 000 €/an selon les prix moyens 2024-2026 (10-15 €/MW/h observés sur le marché français, source RTE). Arbitrage spot (day-ahead et intraday) : 25 000 à 35 000 €/an, optimisé par l'agrégateur SGE. Composante injection-soutirage TURPE 7 (optionnelle) : 8 000 à 12 000 €/an en zone d'injection HTA, sous réserve d'éligibilité géographique et d'adhésion au tarif optionnel.

    Au total, un BESS 1 MW en zone favorable peut viser un chiffre d'affaires annuel compris entre 135 000 et 150 000 €/an (prévisionnel indicatif, ne constitue pas un engagement de performance). La composante TURPE 7 représente donc environ 6 à 8 % du CA total, un appoint significatif mais non structurant. En revanche, elle améliore sensiblement le TRI (Taux de Rendement Interne) marginal : selon les modélisations d'Aurora, les batteries autonomes de 2 heures raccordées aux réseaux HTB2 dans les zones d'injection peuvent atteindre des taux de TRI supérieurs de plusieurs points de pourcentage avec le tarif d'injection optionnel de TURPE 7, comparé au tarif standard .

    Sensibilité géographique et stratégies d'implantation

    L'introduction d'un signal-prix localisé modifie l'équation d'implantation des projets BESS. Les développeurs doivent désormais croiser trois couches d'analyse : disponibilité foncière et puissance de raccordement disponible au poste source ; contrainte locale du réseau (injection vs soutirage) selon la délibération CRE n°2025-227 ; proximité des zones FCR et accès aux marchés d'ajustement RTE. Un BESS implanté en zone d'injection bénéficie d'un bonus TURPE s'il charge à midi (soutirant ainsi l'excédent solaire local), mais doit arbitrer ce gain avec la valorisation FCR qui exige une disponibilité permanente. L'optimisation fine relève de l'EMS (Energy Management System) de l'agrégateur.

    À titre d'exemple, un projet 2 MW / 4 MWh implanté dans le sud de la France (zone d'injection) peut valoriser 20 000 à 24 000 €/an via la composante injection-soutirage en chargeant systématiquement entre 12h et 16h durant l'été. Ce gain doit être comparé au coût d'opportunité FCR : si le système est mobilisé pour la charge diurne, il n'est plus disponible pour le marché FCR sur cette plage horaire. L'agrégateur SGE optimise cet arbitrage en temps réel selon les prix relatifs et les contraintes techniques de cyclage.

    Impact sur la bankabilité et la structuration financière

    Intégration dans le business plan SPV

    La bankabilité d'un projet BESS en SPV (Société de Projet Dédiée) repose sur la prévisibilité des cash-flows sur la durée du financement, typiquement 7 à 12 ans pour un projet financé en dette senior. Les revenus FCR constituent la colonne vertébrale du business plan, avec un historique de prix désormais stabilisé sur 24 mois (source : RTE, prix FCR 2024-2026). La composante TURPE 7 introduit un flux de revenus additif, mais sa modélisation financière soulève trois questions techniques : caractère optionnel du tarif : le SPV peut-il souscrire puis résilier en cours de période TURPE 7 ? La réglementation actuelle ne précise pas les modalités de sortie ; visibilité au-delà de 2029 : le TURPE 8, attendu pour 2029, conservera-t-il cette composante ? Les banques appliquent généralement un haircut (décote prudentielle) de 30 à 50 % sur les revenus non garantis au-delà de la période tarifaire en cours ; risque de cannibalisation FCR/TURPE : un pilotage sous-optimal peut dégrader le revenu FCR principal pour capter un bonus TURPE marginal, dégradant le DSCR (Debt Service Coverage Ratio) global.

    En pratique, les établissements financeurs intègrent la composante TURPE 7 en « upside case » (scénario optimiste) plutôt qu'en « base case ». Le business plan prudent d'un BESS 1 MW financé en 2026 retiendra donc : FCR : 90 k€/an en base case, 105 k€/an en upside ; arbitrage spot : 20 k€/an en base case, 30 k€/an en upside ; TURPE 7 : 0 k€/an en base case (conservatisme), 8 k€/an en upside si éligibilité démontrée. Cette approche garantit un DSCR (ratio de couverture de la dette) supérieur à 1,20x en base case, seuil minimal pour la plupart des financeurs de projets d'infrastructure.

    Clauses contractuelles et partage de valeur

    La structure contractuelle type d'un projet BESS en SPV distingue trois niveaux : SPV holding détenu par les investisseurs finals (CGP et leurs clients) ; contrat d'exploitation et de maintenance (O&M) avec l'agrégateur SGE ; contrat de commercialisation de l'énergie (agrégation FCR, arbitrage spot) avec SGE. Le partage de la valeur TURPE 7 doit être explicitement prévu dans le contrat de commercialisation. Deux modèles prédominent : modèle « revenue sharing » : l'agrégateur perçoit une commission sur l'ensemble des revenus (FCR + spot + TURPE), typiquement 8 à 12 % du CA ; modèle « fixed fee » : l'agrégateur perçoit une rémunération forfaitaire annuelle (par exemple 10 k€/MW/an), le SPV conservant 100 % des revenus résiduels dont TURPE 7.

    Le choix entre ces modèles impacte directement la rentabilité nette pour l'investisseur final. Sur un projet 1 MW générant 140 k€/an de CA dont 10 k€ de TURPE 7, le modèle revenue sharing à 10 % prélève 14 k€/an, tandis que le modèle fixed fee à 10 k€/MW prélève 10 k€/an, soit 4 k€/an d'écart, correspondant à 0,4 point de TRI sur un investissement initial de 500 k€. Le CGP doit donc auditer précisément les clauses de valorisation TURPE 7 lors de la due diligence contractuelle pré-souscription.

    Conséquences opérationnelles pour le CGP distributeur

    Critères de sélection des projets BESS post-TURPE 7

    Le CGP conseillant ses clients sur un ticket BESS (250 k€ à 2 M€ selon la puissance) doit désormais intégrer le critère géographique TURPE 7 dans sa grille d'évaluation. Les questions à poser au porteur de projet incluent : le poste source de raccordement figure-t-il sur la liste CRE n°2025-227 ? En zone d'injection ou de soutirage ? Le SPV a-t-il souscrit l'option tarifaire injection-soutirage ou maintient-il le tarif standard ? Quel est le partage de valeur contractuel TURPE 7 entre SPV et agrégateur ? Le business plan base case intègre-t-il ou exclut-il les revenus TURPE 7 ? Quelle hypothèse de maintien post-2029 (TURPE 8) ? Ces éléments permettent de distinguer les projets « TURPE-optimized » (implantés en zone favorable, tarif souscrit, business plan actualisé) des projets « TURPE-agnostic » (tarif standard, localisation neutre, focus FCR/spot uniquement).

    Le CGP doit également sensibiliser ses clients à la nature optionnelle et non garantie de ce flux de revenus. Contrairement au FCR qui repose sur un mécanisme de marché organisé par RTE depuis 2017, la composante TURPE 7 est une innovation tarifaire de première génération, susceptible d'évoluer ou d'être supprimée lors du passage au TURPE 8 en 2029. La prudence impose de ne pas sur-pondérer ce flux dans l'argumentaire commercial : un projet BESS doit rester rentable hors TURPE 7, le bonus tarifaire constituant un « nice-to-have » plutôt qu'un « must-have ».

    Communication client et obligations réglementaires AMF

    Le BESS constitue un placement non coté, non régulé AMF, mais relevant de la catégorie des biens divers au sens de l'article 551-1 du Code monétaire et financier dans sa structuration classique. Le CGP doit respecter les obligations MIF 2 de connaissance client, d'adéquation et d'information sur les risques. S'agissant du TURPE 7, trois points de transparence sont impératifs : mentionner explicitement dans le DIC (Document d'Information Clé) la nature optionnelle et non garantie des revenus TURPE 7 ; distinguer clairement les hypothèses « base case » (hors TURPE 7) et « upside case » (avec TURPE 7) dans les projections financières ; indiquer la source réglementaire précise : « délibérations CRE n°2025-77 et 2025-78 du 13 mars 2025, composante applicable au 1er août 2026, modifiable lors du passage au TURPE 8 prévu en 2029 ».

    Le CGP doit également documenter par écrit la recommandation et l'adéquation du placement BESS au profil du client. Un investissement BESS présente les caractéristiques suivantes : horizon 7 à 15 ans, illiquidité totale (absence de marché secondaire organisé), risque technologique (dégradation des batteries LFP, taux de 1,5 à 2 % par an), risque réglementaire (évolution FCR, TURPE 8, mécanisme de capacité), risque de marché (volatilité des prix spot day-ahead). Ces éléments doivent être explicitement portés à la connaissance du client lors de l'entretien de conseil, avec signature d'un document récapitulatif attestant de la compréhension des risques.

    Évolutions attendues et passage au TURPE 8 (2029)

    Signaux du régulateur pour la prochaine période tarifaire

    Le régulateur a demandé à RTE et Enedis de préparer la prochaine période tarifaire, TURPE 8, attendue pour 2029, qui devrait intégrer un mécanisme de tarification plus dynamique . La CRE observe attentivement le déploiement de la composante injection-soutirage entre août 2026 et août 2029 : nombre de BESS ayant souscrit l'option tarifaire, impact mesurable sur les pointes locales, retours d'expérience des GRD (Gestionnaires de Réseau de Distribution). Si le bilan est positif, le TURPE 8 pourrait généraliser et renforcer ce mécanisme, avec une extension potentielle aux stockages BT (Basse Tension, < 250 kW) et une modulation horaire plus fine (tarification quart-horaire au lieu de plages fixes).

    À l'inverse, si le taux d'adhésion reste marginal (< 10 % des BESS éligibles) et l'impact réseau non probant, la CRE pourrait réorienter le dispositif vers un mécanisme de flexibilité contractualisée (type contrats de gré à gré entre GRD et exploitants BESS), comme expérimenté en Allemagne. D'autres pays, dont l'Allemagne, étudient des réformes similaires pour mieux valoriser la flexibilité locale . Le CGP doit donc anticiper une incertitude structurelle post-2029 et construire ses hypothèses de sortie (revente SPV, refinancement, liquidation) sur un scénario prudent excluant la composante TURPE au-delà de la période tarifaire garantie.

    Stratégies d'adaptation pour les projets en développement

    Les projets BESS en phase de développement (obtention PTF, dépôt S3REnR, signature promesse foncière) doivent arbitrer entre deux stratégies : stratégie « TURPE-first » : prioriser l'implantation en zone d'injection/soutirage éligible CRE n°2025-227, quitte à accepter un foncier ou un raccordement sous-optimal ; souscrire l'option tarifaire dès le 1er août 2026 ; dimensionner l'EMS pour optimiser l'arbitrage FCR/TURPE en temps réel ; stratégie « TURPE-agnostic » : sélectionner le site sur critères fonciers et techniques (proximité poste source, puissance disponible, accès logistique) indépendamment de l'éligibilité TURPE ; maintenir le tarif standard ; concentrer l'optimisation sur FCR et arbitrage spot ; considérer TURPE 7 comme un bonus éventuel non structurant.

    La stratégie « TURPE-first » convient aux développeurs disposant d'un pipeline foncier flexible et d'un agrégateur capable de piloter finement l'arbitrage multi-marché. La stratégie « TURPE-agnostic » sécurise la rentabilité base case et convient aux projets de taille importante (> 2 MW) où le coût de raccordement et la qualité foncière priment sur l'optimisation tarifaire marginale. Le CGP doit identifier quelle stratégie sous-tend le projet qu'il analyse et vérifier la cohérence avec le business plan présenté : un projet « TURPE-first » doit justifier d'un agrégateur compétent (SGE, Energy Pool, Voltalis) et d'un EMS performant ; un projet « TURPE-agnostic » doit démontrer une rentabilité base case robuste hors TURPE 7, avec un TRI ≥ 6-7 % après financement.

    FAQ — Questions fréquentes

    La composante TURPE 7 est-elle obligatoire pour un BESS ?

    Non. La composante injection-soutirage est optionnelle. Un exploitant BESS peut choisir de conserver le tarif TURPE standard (forfait annuel + composante proportionnelle classique) ou de souscrire le tarif injection-soutirage localisé. Cette décision doit être prise lors du raccordement ou à chaque date anniversaire tarifaire (1er août), selon les modalités contractuelles définies par le GRD (Enedis ou ELD). Le CGP doit vérifier quelle option a été effectivement souscrite par le SPV et s'assurer de la cohérence avec le business plan communiqué aux investisseurs.

    Tous les BESS bénéficient-ils du même bonus TURPE 7 ?

    Non. Le bonus (ou malus) TURPE 7 dépend de trois paramètres : la localisation géographique du BESS (zone d'injection, zone de soutirage, ou zone neutre hors liste CRE n°2025-227) ; le niveau de tension de raccordement (HTA, HTB1, HTB2 : les coefficients tarifaires diffèrent) ; le comportement effectif du BESS (charge/décharge) sur les plages horaires contraintes définies par le régulateur. Un BESS implanté hors zone éligible ne perçoit aucun bonus et ne supporte aucun malus, quel que soit son comportement. Un BESS en zone éligible mais n'ayant pas souscrit l'option tarifaire reste également au tarif standard. Seuls les BESS en zone éligible, ayant souscrit l'option, sont exposés au système bonus/malus.

    Le TURPE 7 change-t-il la rentabilité des projets BESS en 2026 ?

    Oui, mais de manière différenciée selon la localisation. Pour un BESS 1 MW en zone d'injection HTA ayant souscrit l'option tarifaire, le gain annuel prévisionnel est de l'ordre de 8 000 à 12 000 €/an (source : Modo Energy, à titre indicatif). Sur un chiffre d'affaires annuel total de 135 000 à 150 000 €/an, cela représente 6 à 8 % de CA additionnel, soit environ 0,5 à 0,8 point de TRI supplémentaire sur un projet financé (selon hypothèses de financement : 60 % dette senior, 7 ans, taux 4,5 %). Pour un BESS hors zone éligible ou n'ayant pas souscrit l'option, la rentabilité reste inchangée par rapport au cadre TURPE 6 antérieur. Le TURPE 7 introduit donc une prime à la localisation optimisée, sans pénaliser les projets existants ou non éligibles.

    Comment vérifier si un projet BESS est éligible au TURPE 7 ?

    Le CGP doit demander au porteur de projet les documents suivants : PTF (Proposition Technique et Financière) de raccordement émise par Enedis ou RTE, mentionnant le poste source de raccordement ; attestation d'éligibilité TURPE 7 délivrée par le GRD, confirmant l'inscription du poste source sur la liste CRE n°2025-227 (délibération du 1er octobre 2025) ; copie du contrat d'accès au réseau (CARD) précisant l'option tarifaire souscrite (standard ou injection-soutirage). Ces trois pièces permettent de confirmer objectivement l'éligibilité technique. Le CGP doit également vérifier la cohérence entre l'éligibilité déclarée et les hypothèses de revenus TURPE 7 intégrées dans le business plan du SPV. En cas de doute, il peut solliciter directement le GRD concerné ou consulter les listes publiées sur les sites de la CRE, RTE et Enedis.

    Que se passe-t-il si le TURPE 8 supprime la composante injection-soutirage en 2029 ?

    Le TURPE 7 court jusqu'en août 2029 environ. Le TURPE 8 sera défini par la CRE en 2028, après consultation publique. Si la composante injection-soutirage est supprimée ou modifiée défavorablement, les BESS perdront ce flux de revenus à compter du 1er août 2029. C'est pourquoi les business plans prudents (et les financeurs bancaires) n'intègrent la composante TURPE 7 que sur la période 2026-2029, soit 3 à 4 ans maximum. Au-delà, le scénario base case repose uniquement sur FCR et arbitrage spot, revenus historiquement plus stables. Le CGP doit donc s'assurer que le TRI base case du projet (hors TURPE 7 post-2029) reste supérieur ou égal au TRI cible du client (typiquement 6 à 8 % net après financement pour un placement infrastructure énergétique).

    Pour conclure

    Le TURPE 7, via ses délibérations fondatrices n°2025-77 et n°2025-78 du 13 mars 2025 et la modification n°2026-33 du 4 février 2026, introduit une innovation réglementaire majeure pour le secteur du stockage par batteries en France. La composante injection-soutirage, applicable au 1er août 2026, constitue le premier signal-prix géolocalisé visant à rémunérer explicitement la contribution des BESS à l'équilibre local du réseau. Si son impact quantitatif reste modéré à court terme (6 à 8 % du CA annuel pour un BESS en zone favorable), elle préfigure l'évolution structurelle vers une tarification dynamique et différenciée du réseau électrique français, alignée sur les pratiques émergentes en Allemagne et dans plusieurs États américains. Pour le CGP, la maîtrise de ce cadre réglementaire devient un élément différenciant de conseil : identifier les projets TURPE-optimized, auditer les clauses contractuelles de partage de valeur, sécuriser les hypothèses de business plan base case et sensibiliser le client à la nature non garantie de ce flux de revenus au-delà de 2029. L'investissement BESS s'inscrit dans une logique d'infrastructure énergétique long terme, où la stabilité réglementaire et la robustesse du modèle économique hors dispositifs incitatifs conditionnent la sécurité du capital investi.

    Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement, une offre de souscription ou une sollicitation. Les données chiffrées mentionnées (revenus prévisionnels, TRI, prix FCR, bonus TURPE 7) sont indicatives, non contractuelles et susceptibles d'évoluer en fonction des conditions de marché, de l'évolution réglementaire et des performances techniques réelles des installations. Les investissements dans les projets BESS présentent des risques de perte en capital, d'illiquidité, de variation des revenus et d'obsolescence technologique. Avant toute décision d'investissement, le CGP et son client doivent procéder à une analyse approfondie du projet, vérifier l'ensemble des documents juridiques et techniques, et s'assurer de l'adéquation du placement au profil de risque et à l'horizon d'investissement du client. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. France Réseaux Invest n'est pas responsable des décisions d'investissement prises sur la base des informations contenues dans cet article. Pour tout conseil personnalisé, consultez un conseiller en gestion de patrimoine habilité.

    Sources & références

    Avertissement. Le présent contenu est fourni à titre exclusivement informatif. Il ne constitue ni une offre au public, ni un conseil en investissement, ni une promesse de performance. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Chaque dossier nécessite une analyse indépendante au regard du profil du client, de son horizon d'investissement et de son niveau de risque.

    À lire également